Dans les salles où l’on pratique les arts martiaux se trouve parfois une étrange estampe ; c’est la « Carte de la Culture de la Perfection » (Xiuzhentu), elle représente le corps avec les processus alchimiques et rituels qui permettent de réaliser la Voie. Le corps y est vu comme un pays symbolique. Son contour évoque un fœtus. En bas, deux enfants, père et mère Tao, font tourner un moulin qui fait monter les énergies, les empêchant de s’écouler vers le bas. Elles sont chauffées dans une grande marmite (notre « feu » abdominal), et vont se vaporiser et se transformer en «Qi». Le chemin monte au cerveau par le rachis. Au niveau des reins, un laboureur, à celui des poumons, un enfant enfile des pièces de monnaie sur un fil en forme de Grande Ourse. Des livres entiers ont été écrits sur ces curieuses cartes taoïstes.
Courtesy Françoise Blévot
<– image d’une sculpture vieille de 2000 ans conservée dans un temple taoïste
C’est une représentation symbolique de l’orbite microcosmique. L’eau est pompée par le garçon et la fille et monte à travers la colonne vertébrale jusqu’au sommet de la tête.
Dans les classiques du Tao, cela s’appelle « l’eau des reins inverse son cours ». L’eau passant dans le feu au niveau du Dan Tien inférieur et des reins+surrénales se transforme en vapeur (Chi ou Qi). Lorsque la vapeur atteint la couronne, elle se condense et s’écoule par le palais comme une eau vaporeuse vers le cœur. Cela refroidit le feu du cœur, afin que celui-ci ne se dessèche pas et que la vapeur nourrisse tous les organes et irrigue la terre. C’est le symbole de la circulation d’énergie appelée transformation de l’eau en vapeur.
Ainsi en pompant l’énergie sexuelle aqueuse le long de la colonne vertébrale, passant par le feu du palais sexuel et des reins et montant jusqu’au sommet de la tête, on devient capable d’initier la circulation symbolique de l’énergie appelée transformation de l’eau en vapeur. Après, elle descend le long du feu du cœur et se transforme en Chi, expression bio-électro-magnétique de la force vitale…
Voie du renversement et du retour à l’origine par Zhang Sanfeng – éminent taoiste XIV-XVe siècle – Monts Wudang
En premier lieu, faites d’abord descendre le yin contenu dans le yang de l’orifice supérieur, pour qu’il pénètre dans le chaudron de métal de la mer du souffle (abdomen) et s’y unisse au yang véritable de l’orifice inférieur. Le yin véritable à l’intérieur du yang, c’est l’âme originelle qui relève des trois âmes visionnaires (hun). Le yang véritable de l’orifice inférieur, c’est le souffle originel du corps qui relève des sept âmes végétatives (po). Dès que ces deux souffles de l’avant et de l’arrière du corps s’unissent, Kan (eau) et Li (feu) s’échangent et se mêlent, l’âme et le souffle se nouent et se condensent, la respiration embryonnaire se stabilise. Dès lors, chaque jour une joie ineffable semblable à celle de l’union charnelle vous inonde ; si vous ne vous y attachez pas, tout naturellement sécrétions et chaleur – formant l’hexagramme Jiji formé des trigrammes Kan, l’eau et Li, le feu – se répandent dans les membres et brillent d’un éclat aussi fort que celui d’un feu externe. Lorsque l’eau et le feu sont équilibrés, le régime du feu de la petite région sidérale se régularise, des vapeurs montent, le souffle de la gorge s’inverse et retourne à la mer originelle (abdomen) ; tout naturellement le yang extérieur pénètre à l’intérieur, le feu véritable fait irruption vers le haut. Le corps d’une grande souplesse goûte une joie infinie ; plusieurs fois par jour on éprouve la sensation d’un dragon tournoyant, montant et descendant dans l’abdomen ; c’est alors que la jeune fille et l’adolescent s’unissent…
Telle est l’étape de la cueillette du yin pour compléter le yang, cultiver et raffiner la liqueur de jade pour la faire revenir au champ du cinabre !
Courtesy Catherine Despeux – Taoisme & Connaissance de soi – Ed. Guy Trédaniel
Les quatre étapes indispensables, en pratiquant la transformation « embryonnaire », pour atteindre le but ultime
Après plus de 1 400 ans de pratique de la méditation et d’accumulation d’expérience, les communautés bouddhistes et taoïstes chinoises s’accordent à dire que pour atteindre le but ultime de l’Éveil ou de la bouddhéité, il faut suivre quatre étapes indispensables de formation :
- A. Affiner l’Essence et la transformer en Qi – Cent jours pour poser les fondations
- B. Purifier le Qi et le transformer en Shen – Dix mois de grossesse
- C. Raffiner le Shen et le ramener au néant – Trois ans d’allaitement
- D. Briser le néant – Neuf ans face au mur
On constate ainsi que la voie taoïste menant à l’Éveil ou à la bouddhéité exige des années de formation. Elle comprend quatre étapes de transformation :
La première est la formation d’un « embryon spirituel » (cent jours pour poser les fondations), communément appelé « Sheng » (embryon sacré) ou « Ling Tai » (embryon spirituel).
Viennent ensuite dix mois de nourrissage et de croissance, trois ans d’allaitement,
et enfin, neuf ans d’éducation de ce bébé Shen jusqu’à ce qu’il atteigne la maturité et devienne indépendant.
Dans la pratique du qigong taoïste et bouddhiste, on considère que pour atteindre le but ultime de l’illumination et de la bouddhéité, il faut d’abord construire un corps énergétique spirituel indépendant. Après la mort de notre corps physique, ce corps spirituel continuera à vivre éternellement et ne réintégrera pas le cycle de la réincarnation.
Traduction dmeresearch
