La respiration liée à la pratique du Taiji Chuan

Comprendre la respiration dans l’action

Selon que le travail sur les énergies internes (Qi Gong) est plus ou moins développé parallèlement à l’étude des formes du Taiji Chuan, chaque posture, déplacement, geste et mouvement peut être associé, plus ou moins tôt, aux circulations des souffles internes correspondants. Et pour cela il faut commencer à accorder tous les déplacements et mouvements avec les respirations accompagnant la montée ou la descente, l’expansion ou le rassemblement de l’énergie interne.

Les techniques de Qi Gong pratiquées afin de rassembler, de faire circuler l’énergie interne (et mieux, de raffiner cette énergie en essence vitale…), doivent permettre d’obtenir assez rapidement des résultats dans l’association des formes des enchaînements à des respirations précises, et à la circulation de l’énergie dans le corps. Si l’on choisit de développer parallèlement pratique interne et externe, il faut savoir que l’une comme l’autre peut connaître des rythmes différents et ne pas toujours avancer du même pas. Mais le travail sur l’énergie interne est l’essentiel et doit être privilégié. Il peut d’ailleurs apporter des solutions aux formes et aux mouvements posant problèmes. On peut imiter une forme, pas un déplacement d’énergie. Dans le cas d’une pratique harmonieuse (hypothétique cas d’école) où travail interne et externe évoluent en accord, l’enseignement doit veiller à ce que tout développement dans la conduite des souffles s’accorde précisément à l’état du pratiquant quant à ses besoins physiques et énergétiques. Cela signifie que d’une part, l’énergie n’est pas développée sans but, elle doit trouver son application, et que d’autre part l’énergie essentielle du pratiquant doit se trouver finalement augmentée, de manière saine, et non diminuée.

De fausses questions sont souvent débattues quant à l’énergie sollicitée dans un acte dont la part d’énergie physique (masse, vitesse et calories dépensées) se veut inférieure à la part d’énergie dynamique (Jing) : celle de la quantité d’énergie plus celle de la concentration de l’énergie. Faut-il avoir beaucoup d’énergie ? Ou peu, mais bien rassemblée, compacte et mobile, rapide ? Celui qui suit et mène à bien une méthode sûre et complète n’a pas à se poser ce genre de questions : elles trouvent toutes leurs réponses à mesure que sa maîtrise évolue. A partir d’un certain niveau, on connaît ses objectifs, ses besoins et les méthodes spécifiques, et on augmente ou diminue donc le temps de pratique de certaines techniques. Cela selon que l’on doit casser 100 briques tous les matins, ou que l’on veut simplement entretenir une saine vitalité.

La recherche des exploits et les manifestations démonstratives ne sont absolument pas encouragées dans les méthodes de développement de l’énergie en Taiji Chuan. On considère plutôt que l’énergie doit être préservée et non dépensée inutilement, que la recherche de l’exploit induit des tensions psychiques et physiques incompatibles à l’état de spontanéité et de détente entretenant la santé et permettant la longue vie, épuisant peu à peu l’énergie essentielle. D’autre part les techniques martiales contiennent certains exercices permettant de vérifier suffisamment son niveau en « chemise de fer » et autre « cloche de bronze » (condensation du Wei Qi à la surface de la peau) et en transformation du Jing dynamique en Li manifesté. Plus difficile encore que de cultiver le Qi et le Jing est de cultiver l’esprit. Plus l’énergie est présente, plus on sent la force vitale suivre l’intention, plus on fait preuve de modération et d’attention à ne pas blesser ses partenaires, n’oubliant jamais que l’on avance aussi grâce à eux. On obtient les plus hauts niveaux très rarement seul, dans les arts martiaux (le japonais Musashi fut peut-être l’exception, si l’on occulte ses rencontres avec le moine Takuan puis plus tard avec Gonosuke). Chaque fois que quelqu’un possédant une plus grande maîtrise accepte de coller les mains, il doit le faire pour donner et partager, non pour ridiculiser en triomphant plus ou moins aisément.

Pendant la période d’apprentissage des postures, des déplacements, des formes de gestes avec les quatre membres, en fait pour tout ce qui concerne les formes, l’équilibre et la coordination, la respiration du pratiquant débutant peut être la plus naturelle possible. Il veille simplement à ce que son rythme respiratoire ne soit ni trop lent et en insuffisance d’air, ce qui le ferait suffoquer, ni trop rapide et en excès, ce qui lui ferait perdre le contrôle du Centre, du rythme et de l’équilibre dans le yin-yang interne et externe.

Quand l’équilibre, les mouvements, l’orientation et les postures commencent à être maîtrisés, on peut alors associer les études en profondeur du Cercle et du Carré, des 6 Liaisons et des 3 coordinations, des 3 Arcs, du Centre et de la Périphérie, du Pivot Céleste et de la Racine Terrestre etc, c’est à dire l’ensemble des formes, avec des respirations en relation. On peut même pratiquer cela sans s’occuper de la conduite du qi interne, par exemple si on ne maîtrise pas encore la « Petite Circulation Céleste »…

Peu à peu, tout en se mouvant on écoute les sensations d’expansion-montée et de compression-descente dans le tronc, entre le haut de la poitrine et le ventre. On conduit alors volontairement l’expansion du ventre au sommet du crâne par l’intention sereine, associée à la représentation mentale et au mouvement du diaphragme qui monte. Cela pendant l’inspir. Puis on fait de même pour la compression, depuis le haut du crâne vers le ventre, repoussant doucement le diaphragme vers le bas pendant l’expir. On apprend ainsi à centraliser initialisation et finalisation des cycles de respiration, du et vers le Dan Tien Inférieur.

Et ainsi, inspirs et expirs donnant peu à peu leur dynamique aux mouvements, jusqu’à atteindre le niveau où tout mouvement nait du Centre pour se déployer jusqu’à la périphérie et y retourner, où toute ouverture induit une fermeture, où l’on sait s’abaisser avant de s’élever, où la gauche et la droite, le haut et le bas, l’avant et l’arrière, l’interne et l’externe agissent en accord, se manifeste l’harmonie des transformations du yin-yang.

Celui (celle) qui écoute et dirige longtemps l’expansion vers le sommet du corps et le rassemblement vers le Dan Tien, sans cependant trop forcer son diaphragme vers le haut dans l’inspir ni vers le bas dans l’expir, sans forcer non plus sur le passage de l’air par le nez, peut ainsi déjà atteindre à une circulation naturelle de l’énergie très bénéfique à sa pratique, même si longtemps inconsciente. Il peut très bien après quelque temps sentir une douce chaleur se répandre dans le ventre, à l’expir, formant déjà un embryon de Hua Chi.

… quand et comment respirer dans l’action

Inspirer en élevant les bras devant soi fait monter le yin du Sol par les pieds jusqu’en haut de la poitrine, avant qu’il ne redescende jusqu’aux doigts par les épaules. Inspirer est yin. Expirer en s’enracinant et en ramenant les bras fait monter le yang du Ciel des doigts par les épaules au sommet du crâne avant qu’il ne redescende dans les pieds. Expirer est yang. Quand on dirige l’expir sur le rassemblement au Dan Tien Inférieur, une part du yang céleste redescendant est ainsi détournée et accumulée dans le ventre, participant ainsi à la reconstitution ou à l’augmentation de l’énergie emmagasinée dans le Dan Tien Inférieur.

-> On inspire quand : on étend les bras, on étire, on se redresse, on monte, on ouvre, on se déploie, on se tend.

-> On expire quand : on replie les bras, on se relâche, on s’abaisse, on descend, on ferme, on revient au centre.

-> On fait une « brève respiration » quand on fait pivoter le corps et entre les mouvements, par exemple après « rouler en arrière », pendant que l’on prépare « presser ». Cette courte respiration (naturelle et rapide) induit relaxation et « suspension ».

Dans la poussée des mains, on inspire en parant ou en roulant en arrière ; on expire en repoussant et en pressant. Neutraliser, en prenant par exemple contact avec une articulation, ou en faisant un blocage, se fait en inspirant.

Si on est repoussé (par action An), on doit opérer une « brève respiration ». Cela permet de garder l’esprit calme et d’être ainsi toujours capable de percevoir les mouvements et l’équilibre du partenaire tout en conservant sa garde.

Autre exemple : dans Da Lu, frapper la face, pousser, donner un coup d’épaule, de coude ou de pied se fait dans l’expiration ; tirer en arrière, recevoir un coup d’épaule, amortir ou encaisser un coup se fait dans l’inspiration. Quand on est repoussé en arrière par l’opposant, il faut alors faire une « brève respiration ». En faisant un pivot avant de repousser l’adversaire, on fait aussi une « brève respiration ». Il en est de même quand on transforme son jeu de jambes pour, par exemple, changer ses appuis avant une frappe du pied ou du poing.

Normalement, pressé ou repoussé, on doit inspirer, mais si, dépassé par la rapidité du partenaire on n’y arrive pas, alors mieux vaut expirer, car le Qi peut ainsi quand même se répandre dans le corps et les jambes, ce qui est toujours mieux qu’un blocage de l’énergie. Il est donc important ici de retenir que tout mouvement extrême dans la respiration doit engendrer sa conversion, une expiration extrême se changeant en inspiration et une inspiration extrême se transformant en expiration. Expir comme inspir peuvent ainsi être convertis alternativement, cela est à étudier de près dans la poussée des mains.

La « respiration brève » peut également prendre place à la suite d’un inspir comme d’un expir. A la suite d’un expir, on fait un inspir/expir bref avant d’inspirer selon la nécessité, à la suite d’un inspir on fait un expir/inspir bref avant d’expirer selon la nécessité.

La respiration normale, où une inspiration engendre une expiration et vice-versa, est à relier avec les notions de Cercles Simples, du yin et du yang, d’aller et de retour, de Petite Circulation Céleste ; la respiration entrecoupée de respirations brèves est à relier avec les notions de Cercles Multiples, du yin dans le yang et du yang dans le yin, de Grande Circulation Céleste. Cela permet le développement de l’énergie élastique ainsi que de l’énergie déployée en fouet.

Les mêmes principes de respiration s’appliquent à la pratique avec des armes.

La pratique du combat réel, en plus de la pratique des différentes formes de conduite de l’énergie selon les applications pratiques, nécessite aussi de s’entraîner à la maîtrise des manifestations sonores des souffles, par l’émission des sons « Heng » et « Haah ».
Tout cela est, à la base, fondé sur la respiration et il y a donc lieu d’étudier le processus respiratoire jusqu’à en avoir une parfaite connaissance et un contrôle parfait, depuis ses niveaux les plus mécaniques, qui mènent peu à peu à l’automatisme circonstanciel, jusqu’aux plus in-substantiels, lesquels répondent idéalement à l’intention de l’Esprit serein demeurant au Centre.

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