L’art de méditer, çamatha

Certains prétendent corriger le mal et mener au bien.
Mais ce n’est qu’une passion passagère.
Gagner ou perdre est la méconnaissance qui fait croître la personnalité en moi.
Je voudrais être un esprit hors des poussières.
Ciel bleu et lune blanche.
Le vent nous envoie un air pur.

Nuages fous, Maître Ikkuyû


 

L’état de méditation se vit et par conséquent se décrit mal. Pendant la méditation nous allons nous mettre en relation avec notre mental, devenir observateur du fonctionnement de notre mental. Cette image bouddhiste du çamatha nous plaît particulièrement car elle décrit bien le cheminement du méditant.
Notre mental est de nature agitée, et son rôle est de  produire des pensées. Même si on veut arrêter de penser, le dialogue intérieur continue.
Éléphant et singe noirs correspondent à ces qualités du mental non-dompté. Le dressage de l’éléphant symbolise l’acte de la méditation. Si d’abord nous devons faire un grand effort et qu’il fait ce qu’il veut, au fur et à mesure nous savons comment le tenir et enfin comment utiliser sa puissance.
Ne plus être soumis au rythme effréné de nos propres pensées libère de nouveaux espaces et notre conscience commence «à souffler un peu». Nous commençons à expérimenter des états de conscience différents qui permettent par ailleurs de mieux cerner notre interdépendance et l’illusion du moi.
Le but de la méditation est alors d’amener notre esprit à expérimenter la clarté, à vivre et à réaliser des moments de non-dualité…
Le petit livre Méditation de Sogyal Rinpoché donne, de manière très simple, une excellente introduction à la méditation.
Courtesy/www.yogafashion.net – Cornelia Kauhs

Ci-dessous lecture recommandée, cet extrait du blog de Seunam, Professeur de Hatha-Yoga, Pranayamas et Méditation (ici à propos du chemin du méditant le çamatha) :

Çamatha (calme mental), la tranquillité de l’esprit…

[… le moine est le yogin, l’ascète ou le méditant. Au début, incapable de contrôler son esprit, il court derrière l’animal. Pour se concentrer, il dispose de deux alliés auxquels il devra faire appel judicieusement: l’attention (la vigilance du discernement, vigilance qui observe) et la mémoire (la vigilance du rappel). Cette dernière ramène l’esprit à son objet chaque fois qu’il s’en éloigne. Quant à l’attention (vigilance du discernement), elle observe la présence ou l’absence de l’objet.
Les deux facultés sont représentées respectivement par la corde et le crochet ; elles devront vaincre les deux obstacles majeurs à la tranquillisation de la conscience, l’agitation et la torpeur, qui procèdent soit d’un excès soit d’un manque d’énergie. Le yogin veille à maintenir son esprit dans un état de tension équilibré, ni trop, ni trop peu tendu, comme la corde d’un luth correctement accordé. Pour modérer son énergie, le méditant pourra réfléchir à la précarité de l’existence humaine, à la mort ; pour la renforcer, il pensera au bénéfice extraordinaire que présente un esprit capable de se concentrer.

Les objets des cinq sens, figurés par l’écharpe, la conque remplie de parfums, les fruits, les cymbales et le miroir, éveillent sans cesse les désirs sensuels et agitent la conscience.

Au début, le yogin médite pendant des périodes très courtes de quelques minutes chacune. Il divise une session en quatre ou cinq phases. Lors du premier stade de la «fixation initiale» (le placement), l’esprit ne peut garder son objet plus d’une dizaine de secondes ; égaré par l’agitation, il le perd constamment. Dès que la distraction surgit, l’attention (vigilance du discernement) doit la reconnaître et la mémoire (vigilance du rappel) replacer l’esprit sur son objet.

Quand le yogin peut se concentrer pendant une quinzaine de secondes, il atteint le deuxième stade de la «fixation croissante» (placement continu). Sur le dessin, le moine se rapproche de l’éléphant dont la tête laisse apparaître une petite tache blanche signe d’un premier apaisement.

Au troisième stade (réajustement), l’éléphant semble plus paisible, il se retourne vers le moine, sa couleur blanche s’accroît. Le yogin reconnaît immédiatement la distraction et replace rapidement son esprit sur son objet. La concentration ne dépasse pas encore une minute !

Sur le dos de l’éléphant apparaît maintenant le lièvre (en Occident on aurait mis un chat comme symbole de torpeur) qui représente la torpeur grossière, et subtile. Due au relâchement de l’effort initial, une sorte de léthargie apparait, semblable à la somnolence qui envahit l’homme s’octroyant un peu de repos après une dure journée de labeur. Pris dans la torpeur grossière, l’esprit flotte dans une sorte de brouillard sans aucune clarté ; alors que dans la torpeur subtile, il manque de force, d’acuité, bien qu’il saisisse son objet clairement. L’usage de la mémoire (rappel) devient moins intense, aussi la corde qui retient le quatrième éléphant se détend (quatrième stade : le parfait placement). Quand l’esprit s’est fixé sur son objet, il ne le quitte plus ; la distraction ne peut plus l’en soustraire. A ce point l’attention (vigilance du discernement) joue un rôle prépondérant, elle doit discerner le moindre signe d’agitation ou de torpeur, ce qu’indique le crochet que brandit le moine. Le yogin éprouve de plus en plus de joie, cependant il n’a pas complètement tranquillisé son esprit.

Le dessin continue de décrire le progrès de la méditation ; (cinquième, sixième et septième stades : respectivement maîtrise, pacification et parfaite pacification), le singe perd son pouvoir d’agitateur et passe derrière l’éléphant dont la couleur grise, la torpeur, disparaît graduellement.

Au huitième stade (unification) le singe a disparu ainsi que toute tache sombre car il n’y a plus ni agitation ni torpeur. Seul le petit effort nécessaire au début de sa concentration sépare encore l’ascète du but, effort qui deviendra inutile au neuvième stade (équanimité).

Après des mois, voire des années, de pratique, au terme du développement de çamata (calme mental), la dualité objet-sujet s’estompe du seul fait de la concentration, les apparences disparaissent ; le yogin a l’impression que sa conscience se fond dans l’espace et que son corps immobile se dissout dans l’objet de méditation.

Note : la tranquillité de l’esprit et l’équilibre des airs-énergies (souffles) associés au fonctionnement de la conscience, sont interdépendants. Ces airs-énergies sont évidemment agités, dissipés si la conscience l’est elle-même. Une observation même superficielle des changements, variations de la respiration en rapport avec les émotions permet d’observer, et noter cette interdépendance. La tradition orale regorge de techniques (cf : élimination des obstacles) permettant de surmonter les blocages d’énergie récurrents qui surgissent aux différents stades de la concentration.

En raison de l’équilibre profond du système psychosomatique, le yogin éprouve de grandes béatitudes (félicité). Le moine peut alors méditer pendant des heures, voire des jours, sans interruption ; il demeure inaccessible aux perturbations externes, le plus grand bruit ne le troublerait pas. Loin d’être inconscient, son esprit n’a jamais été si vigoureux et alerte (grâce à la force de l’esprit générée par la méditation).
On raconte qu’au Tibet certains yogins dépoussiéraient leur ermitage avant de méditer. Quand ils sortaient de leur concentration, à la vue de la poussière accumulée sur le sol, ils étaient surpris de constater que plusieurs jours s’étaient écoulés…

Enfin, après le moine volant en pleine extase (états de félicité dus au parfait calme mental), le dessin montre les deux chemins ouverts à l’ascète. L’un utilise la quiétude mentale pour découvrir la vraie nature des phénomènes et du sujet (union du calme mental et de la vue pénétrante), ce chemin conduit à la libération (le but véritable). L’autre, poursuivant l’approfondissement de la concentration, parcourt les huit étapes (voies d’égarement qui élèvent spirituellement mais ne libèrent pas) des dhyâna (ou jhāna) et des recueillements qui permettent l’acquisition de supersavoirs et de renaître parmi les dieux (formes d’existences heureuses appartenant au samsara…]

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