1. Relax (Sung)
Le mot sung est habituellement traduit par relaxation. La signification première de ce mot relaxation est devenir plus souple et moins dur dans ses muscles, moins tendu et rigide dans ses postures, et de relâcher son énergie. Du point de vue du Tai Chi Chuan cependant, le mot relaxation ne représente qu’une partie de la signification du mot chinois sung. Comme il n’existe pas de mot en français pour exprimer pleinement le mot sung, on doit employer le mot relaxation qui est le plus proche. Le principe de sung implique de détendre ses muscles et de relâcher ses tensions, en abandonnant l’énergie externe mais en préservant l’énergie interne de manière que le corps soit sensible et alerte pour faire face à n’importe quelle circonstance. Autrement, ce serait un effondrement énergétique, rendant le corps incapable de réagir en cas d’urgence.

2. Sink (détente complète)
Sink est la détente complète. Le corps tout entier (le torse et les membres supérieurs, la taille, les cuisses et les jambes) doit être détendu et relaxé. Toute l’énergie est concentrée dans la « Source de la Fontaine Bouillonnante », au tiers antérieur de la plante du pied. Quand le moment est atteint, le Chi peut venir s’écouler profondément dans le centre de l’être ou « tan t’ien » situé au niveau du plexus solaire, et les mouvements deviennent légers et agiles. Le corps devient si sensible et alerte qu’il est capable de sentir le poids d’une plume, et qu’une mouche posée prenant son envol le mettrait en mouvement.

3. La poitrine est rentrée, le dos droit, les épaules relâchées, les coudes abaissés.
Lorsque la poitrine est légèrement creusée, le Chi plonge directement vers le tan t’ien, au centre de l’être, et le sang peut circuler dans tout le corps sans gêne. Autrement le Chi va refluer, monter et s’accumuler dans la poitrine, avec pour effet d’alourdir le haut du corps et d’alléger le bas, les pieds seront alors facilement déracinés.  Quand le dos est maintenu droit, l’énergie peut affluer et circuler dans la colonne vertébrale, et ainsi le corps tout entier peut agir comme un ensemble. L’énergie mise à disposition sera très puissante. Sinon l’énergie sera dispersée. Les épaules doivent être abaissées, alors l’énergie sera conduite vers le tan t’ien. Si les épaules sont levées et crispées, le Chi va refluer vers la poitrine, le corps entier va devenir lourd et maladroit. Les coudes aussi doivent être abaissés car les coudes et les épaules sont étroitement liés. Si les coudes sont élevés, les épaules sont instantanément affectées. 

4. Une énergie légère et ténue est maintenue en haut de la tête. La partie inférieure de la colonne vertébrale est érigée.
La tête doit être droite et le corps entier complètement relaxé, sans exercer la moindre force vers l’extérieur. Gardez une énergie légère et diffuse au sommet de la tête comme si être suspendu par le haut vous empêchait de vous écrouler. La partie basse de la colonne vertébrale doit être érigée et ainsi l’esprit reste clair. Lorsque vous vous sentez comme suspendu par le sommet de la tête, alors tout le corps est ressenti léger et souple. Les êtres humains sont les créatures les plus évoluées du monde parce que leurs têtes touchent le ciel alors que leurs pieds sont posés sur la terre.

5. Tous les mouvements sont dirigés par l’esprit. On n’utilise pas de force musculaire.
Il est dit dans les Classiques :

« Utilisez votre esprit pour diriger vos mouvements, ils seront alors légers et précis. Si vous employez la force musculaire externe pour diriger vos mouvements, ils seront lourds et maladroits. »

Quand on pratique le Tai Chi Chuan, le corps entier devrait être complètement relaxé, n’exerçant pas la moindre force maladroite vers les muscles, les os et les vaisseaux du sang. Si on n’intervient pas (en utilisant cette force musculaire maladroite), nos mouvements deviennent légers et sensibles, et le corps peut être tourné à volonté. Certains doutent et disent « si on n’utilise pas d’énergie alors comment développer l’énergie ? » La réponse est que nous possédons des tendons et des vaisseaux dans notre corps qui sont comme des cours d’eau souterrains. L’eau coulera sans discontinuer si les cours d’eau ne sont pas bloqués, de la même manière que le chi circulera à travers tout le corps si les tendons et les vaisseaux ne lui font aucun obstacle. Si les tendons et les vaisseaux sont remplis d’énergie maladroite, empêchant le flux du chi et la circulation du sang, alors le déplacement du corps ne sera pas léger et agile, et même le plus petit mouvement de la moindre partie du corps sera tremblant et saccadé. Si on utilise l’esprit au lieu de la force musculaire pour diriger les mouvements, le chi ira où l’attention de l’esprit se dirigera. Ainsi jour après jour le chi et les fluides corporels circuleront à travers le corps sans gêne. Si on pratique de cette manière pendant une période suffisante, on acquiert une vraie énergie intrinsèque.
Dans les Classiques du Tai Chi il est dit:

« Seulement en partant du plus souple et relâché on arrive au plus puissant et concentré. Quand on a maîtrisé les techniques du Tai Chi Chuan nos bras sont comme des barres d’acier enveloppées dans du coton, et leur poids est terriblement lourd. »

6. La partie supérieure et la partie inférieure se suivent l’une l’autre, et le corps agit comme une unité.
Lorsque les mains bougent, le corps et les jambes bougent aussi immédiatement, ainsi le corps entier bouge simultanément. Comme il est dit dans les Classiques du Tai Chi :

« Il est enraciné dans les pieds, se développe dans les jambes, est dirigé par la taille, et agit par les doigts. Les pieds, les jambes et la taille doivent agir comme une unité. Quand on bouge, chaque partie du corps bouge, et quand on s’arrête, chaque partie est tranquille de façon qu‘en avançant et en reculant vous puissiez trouver les défauts de votre opposant et établir votre supériorité dans votre position.»

Si une partie du corps bouge et que les autres parties ne suivent pas, le corps entier entrera dans la confusion. Ceci est d’autant plus vrai pour les mains qui ne doivent jamais bouger indépendamment.

7. Le substantiel et le non-substantiel sont clairement différenciés.
Quand vous pratiquez le Tai Chi Chuan il est de la plus haute importance de bien faire la différence entre le lourd et le léger. Par exemple, si tout le poids du corps est sur le pied droit, le pied droit est dit lourd alors que le gauche est léger, et vice-versa. Si vous devenez capable de différencier le lourd du léger, le mouvement des pas ainsi que la rotation du corps deviendront légers et précis. Autrement ils seront  lourds et maladroits, et vous serez déraciné par une légère traction-pression de votre opposant. Si vous voulez faire un pas en avant du pied droit, il vous faut transférer tout votre poids sur le pied gauche et ne laisser aucun poids sur le pied droit – alors seulement le mouvement deviendra léger et précis. Lorsque vous (essayez de) faire un pas en avant avec un pied tout en laissant du poids sur les deux pieds, cela s’appelle la double-pesée. Le mouvement sera alors lourd et maladroit et vous serez en position de “prêt-à-être-battu”. Il est dit dans les Classiques du Tai Chi Chan:

“Le léger et le lourd doivent être clairement différenciés.  A tout instant chaque partie du corps possède un état particulier de lourd et de léger. L’ensemble du corps a aussi cet aspect si on le considère aussi comme une unité.”

8. Se concentrer sur la ligne de vision.
Vos yeux doivent regarder vers l’avant un opposant imaginaire devant vous, en le surveillant constamment pour voir ce qu’il vous prépare. Quand votre corps tourne dans une direction, vos yeux doivent regarder en avant dans la même direction. Il est incorrect de regarder vers le SE alors que votre corps fait face à l’Est. La tête et le corps doivent être considérés comme une unité.

9. Tous les mouvements sont connectés sans interruption. Quand l’énergie est interrompue, utiliser l’intention de l’esprit pour reconnecter.
L’enchaînement des postures se fait lentement, sans effort et de façon continue, de telle manière que le chi et le sang puissent circuler dans tout le corps sans gêne. Supposons qu’une posture se décompose en 4 temps – il faudra alors marquer un temps d’arrêt à la fin du 4e temps pour achever cette posture, on pourra alors seulement passer à la posture suivante. 
Ainsi pour opérer la transition d’une posture à l’autre, il faudra toujours effectuer un léger arrêt. Cette pause momentanée servira à connecter et joindre la posture suivante à l’aide de l’intention de l’esprit. Si on commence la posture suivante avant d’avoir complètement achevé la précédente, on n’effectue pas correctement le “mouvement continu”. C’est la confusion, et on ne sera plus capable de distinguer clairement les différentes postures.  Comme il est dit dans les Classiques :

« Tai Chi Chuan est aussi appelé ‘Chang Chuan’ (Long Boxing) parce qu’il coule sans cesse comme un grand fleuve. »

10. Méditation dans l’action.
Dans d’autres formes d’arts martiaux, il est surtout fait appel à la force musculaire externe. Avec comme résultats la dilatation des veines et artères, l’immobilisation du chi, l’épuisement et l’essoufflement, toutes choses très nuisibles à la santé. Lorsque vous pratiquez le Tai Chi Chuan vous devez contrôler vos mouvements par la tranquillité, et les diriger par l’intention de l’esprit plutôt que par la force musculaire. Alors les mouvements seront sans effort, continus et lents. Plus lentement on pratique (sans arrêt ni tremblement) meilleur sera le résultat.  Les défauts mentionnés ci-dessus seront alors progressivement éliminés.  Et si l’étudiant suit cette pratique sérieusement, il sera bientôt capable de saisir l’essence et d’assimiler la beauté de cet art sans difficulté.

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